Anna Baar: Als ob sie träumend gingen.

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Roman.
Göttingen: Wallstein Verlag, 2017.
208 S.; geb.; EUR 20,60.
ISBN 978-3-8353-3124-2.

Anna Baar

Extrait

Un hôpital. Une chambre d’hôpital. Au plafond, un ventilateur tourne en continu, jour et nuit. Klee est couché dans cette chambre. Il a 76 ans, ou à peu près, et on est en 1996, environ. Klee est mourant. Il a le regard fixé sur les pales du ventilateur. Et comme dans un cinématographe, des images se mettent à défiler, s’accélèrent, puis s’arrêtent, se figent. Les images forment tout une vie. Cette vie forme un roman : Als ob sie träumend gingen (« Comme s’ils partaient en rêvant ») d’Anna Baar.

L’auteure, née à Zagreb en 1973, a grandi à Klagenfurt, Vienne et sur l’île de Brac, en Dalmatie. Et c’est en Dalmatie que son nouveau roman nous emmène, comme le faisait déjà son premier succès Die Farbe des Granatapfels (« La couleur de la grenade »).

Anna Baar relate le monde vers 1920 où le protagoniste Klee voit le jour. Un monde rural que la modernité n’a fait qu’effleurer jusque-là. C’est là que grandit Klee, fils de paysan, avec son frère cadet Malik. Il y a aussi Lily, la fille du médecin, pour qui Klee a le béguin. Pourtant, il se tient à distance. Car elle n’est pas seulement plus belle que les autres, elle est aussi plus intelligente et plus courageuse. Et puis un jour, Klee est appelé sous les drapeaux ; c’est l’été 1940. Il est grièvement blessé et passe pour mort, jusqu’à ce que des paysans le découvrent et qu’il réussisse, à grand peine, à rentrer au pays. Où plus personne ne l’attend. Entre-temps, le pays a été occupé par l’armée des vainqueurs aux casques d’acier venus du nord.

À la fin de la guerre, Klee, qui est devenu chef d’un petit groupe de partisans, est fêté en héros. Mais il ne retrouve plus ses repères. Il se fait alors marin, pendant quelques années, mais même cette expérience ne peut lui rendre Lily, ni son amour inassouvi pour elle. Certes, Klee a fini par épouser Ida, dont il était tombé amoureux pendant la guerre, mais il vit hors du présent, dans son cœur et dans sa tête. Couché sur son lit d’hôpital, tandis que son corps se détache lentement du monde, ses rêves le ramènent à cette époque, il rêve de son enfance, de sa jeunesse et de Lily, fusillée par les Allemands parce qu’elle était juive.

Anna Baar ne recule devant aucun pathos. Sa langue est pétrie d’atavismes, d’anachronismes et de bizarreries de rythme. Certains passages, qui semblent à peine murmurés, vous emportent par l’originalité de leur style étonnamment contraire aux courants littéraires actuels. Nous avons là un texte au discours soutenu et nourri de motifs, de rappels et références à l’art et à la musique, à la christologie et à la Bible.

Extrait du compte-rendu d'Alexander Kluy du 22 août 2017,
traduit par Nathalie Rouanet

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