logo kopfgrafik links adresse mitte kopfgrafik rechts
   
Facebook Literaturhaus Wien Instagram Literaturhaus Wien

FÖRDERGEBER

Bundeskanzleramt

Wien Kultur

PARTNER/INNEN

Netzwerk Literaturhaeuser

mitSprache

arte Kulturpartner

Incentives

Bindewerk

kopfgrafik mitte

Verena Stauffer: Orchis.

de     en     fr     es     tr

Compte-rendu

Extrait:

9. Jeu dombres

Plus tard, il dit avoir dabord senti couler des larmes à lintérieur de son visage par des canaux ramifiés, et avoir eu limpression quelles se concentraient dans ses poumons, son cœur, son estomac, pour nen rejaillir que bien plus tard et rouler sur sa peau jusquà larrête du menton, doù elles se jetaient dans le vide, puis finissaient par sécraser au sol et sinfiltrer dans le bois du bateau. Parfois, il parvenait à en cueillir une de la langue et à la boire.
Couché à même le plancher, il ne dormait pas et ne s
asseyait que lorsque Lendy lobligeait à prendre un peu deau ou de nourriture. Devant lui il voyait, dans la lumière comme dans lobscurité, les yeux dIsaac qui le fixaient. Pour Anselm, lair était plus clair, plus jaune depuis quelques jours, constamment plongé dans un tintement doré, même la nuit. Il se sentait souple et ouvert, presque perméable, et le roulis des vagues le changeait en vague déferlant sur le sol du bateau sans savoir où se briser. Soudain, les yeux dIsaac devinrent des pommes de terre, des mottes de boue puis des boules de fiente dont lodeur pestilentielle lincommodait; la fiente commença alors à fleurir dans les orbites, répandant une odeur de plus en plus sucrée qui le poussa à enlever délicatement la fleur, la tige et les racines de la tête dIsaac, la laissant dans lattente, évidée, sans pourrir toutefois. Il déposa lorchidée sur son épaule droite. Les racines létreignirent, sagrippèrent à sa peau. Bientôt, il neut plus à les tenir, elles poussaient en lui. Parfois, il sentait un tiraillement qui partait de lépaule, lui passait dans la nuque, descendait dans le dos, lui traversait le bassin et arrivait presque jusque dans la jambe. Lorchidée prenait racine. Il évitait de sétirer pour ne pas empêcher lenracinement. La démangeaison était supportable. Il sentait que les racines lui arrivaient dans la gorge, sétalaient dans sa poitrine, se déployaient, sentrelaçaient, simplantaient en lui. Ce processus lépuisait. Il passait la plupart du temps roulé dans un coin, sendormait à chaque instant puis se réveillait en sursaut quelques minutes plus tard pour voir sil nétait rien arrivé à lorchidée.
Il fallait qu
il la protège, quil lempêche détouffer comme ces porcelets écrasés par la truie dans son sommeil. Il fallait lui donner de la lumière pour quelle vive et il calculait chacun de ses mouvements en fonction de lorchidée. Oui, une orchidée poussait dans son épaule, blanche comme ces neiges poudreuses tombées des nuages soyeux, spécialisés dans la simulation de cette couleur. Il ne pensait plus quà protéger cette fleur, dans lespoir de la garder à jamais, lorchidée de son corps. Les racines senchevêtraient en lui. À linstar des vaisseaux qui lirriguaient de sang, elles absorbaient des nutriments dans tous les recoins, tels des fleuves inversés. La lumière des torches dessinait lombre des fleurs sur le sol du bateau. Les contours, selon le vacillement de la flamme et langle de son épaule, ressemblaient parfois à une femme nue, agenouillée, aux cheveux décume et aux seins cotonneux, parfois à un phallus et ses testicules rebondis en forme de nuages. Anselm ne pouvait détourner le regard, mais les images étaient fugaces. Il essayait souvent de se placer de sorte que lorchidée projette telle ou telle ombre. Selon langle et léloignement de la source de lumière, le phallus ou les seins de la femme et leurs pointes grossissaient ou rapetissaient il pouvait les gonfler ou les dégonfler à loisir. Que de temps il passa à se gorger de ce jeu dombres! Puis, lorchidée commença à exhaler un parfum. Elle sentait parfois la mandarine, telle quil imaginait lodeur des aisselles de sa femme-ombre, parfois ses narines croyaient deviner la moiteur âcre dun sexe délicat. Les orchidées avaient toujours été des plantes perfides qui trompent leurs pollinisateurs par un leurre olfactif, pensa Anselm; pourtant, il tomba tout entier sous son emprise. Angreacum Sesquipedale ne faisant pas partie de ces espèces, tout ce quil sentait nétait que pureté, tout ce quil sentait ne pouvait que provenir delle et lui être destiné, se dit-il, avant de sabandonner à son idylle. Lorchidée poussait sur son épaule, il devait donc sen occuper. Il essayait de se souvenir sil avait déjà entendu parler dun cas pareil. Rien de comparable ne lui revint en mémoire. Il louchait sans cesse sur elle pour suivre sa croissance, puis reprenait son jeu dombres sur le sol pour sen délecter. Mais soudain, les contours formèrent un profil, un visage quil crut reconnaître sans savoir qui cétait. Il bougea doucement son épaule dans plusieurs directions. Était-ce lui? Les supercheries nont jamais mené personne au succès, seule la beauté et la perfection, pensa-t-il. Amoureusement, il tourna ses regards vers la fleur réelle sur son épaule, puis il ferma les yeux.

(Extrait original p. 69/70)

© 2018
Kremayr & Scheriau, Vienne
Traduit par Nathalie Rouanet

>> Incentives

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Link zur Druckansicht
Veranstaltungen
Marijan Pušavec & Jakob Klemencic Alma M. Karlin. Weltbürgerin aus der Provinz (Bahoe Books, 2020) - VERSCHOBEN AUF DAS FRÜHJAHR 2021

Fr, 27.11.2020, 19.00 Uhr Die Veranstaltung wird aufgrund der neuen Verordnungen abgesagt. Ein...

Verleihung des Erich Fried Preises 2020 an Esther Kinsky - VERSCHOBEN AUF DAS FRÜHJAHR 2021

So, 29.11.2020, 11.00 Uhr Die Veranstaltung wird aufgrund der neuen Verordnungen abgesagt. Ein...

Ausstellung
Claudia Bitter – Die Sprache der Dinge

14.09.2020 bis 25.02.2021 Seit rund 15 Jahren ist die Autorin Claudia Bitter auch bildnerisch...

Tipp
LITERATUR FINDET STATT

Eigentlich hätte der jährlich erscheinende Katalog "DIE LITERATUR der österreichischen Kunst-,...